samedi 17 juillet 2010

Homélie du jubilé sacerdotal





Il m’est difficile aujourd’hui de prendre la parole pour cette homélie. Je ne voulais pas une fête centrée autour de ma personne, mais une fête du sacerdoce, une fête d’action de grâce pour ce don extraordinaire que Dieu, dans le Christ, a fait à son Eglise. C’est pourquoi j’avais demandé à Mgr Henri BRINCARD de venir présider cette fête. Trente-cinq ans d’amitié, ça compte ! Mais la Providence en a décidé autrement, elle qui ne se trompe jamais en ses desseins. Sans doute que le Bon Dieu m’appelait à un plus d’humilité, me demandant de témoigner plus personnellement avec mes pauvres moyens en ce jour d’action de grâces.
Je peux vous dire que ce n’est pas facile d’être prêtre, que les épreuves humaines et spirituelles ne manquent pas, que la confiance dans les autres et en soi fait souvent défaut, qu’on ne s’abandonne pas assez à Dieu, à son Eglise. Vous savez bien que celui qui se donne, quand bien même il a été ordonné et a reçu toutes les grâces pour être un saint prêtre, il reste un homme, pécheur, limité, qui a plus que d’autres à se convertir.
Mais je vous dirai aussi, et plus encore, que c’est une joie et un bonheur immense d’être donné au Seigneur. Jamais il n’abandonne les siens. Il est toujours fidèle, lui qui ne cesse jamais de nous aimer et de vouloir le bonheur de son Peuple. Chaque jour, comme je l’avais dit lors de ma promesse messe à la cathédrale Notre Dame du Bourg, je peux rendre grâce et proclamer : Magnificat.
D’abord parce que Dieu m’a choisi et appelé par son Eglise pour être un des moyens par lesquels le Christ ne cesse de construire et de conduire son Eglise. Le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce commun, il est relatif au déploiement de la grâce baptismale de tous les chrétiens. Quelle mission extraordinaire de devoir et de pouvoir aider chaque baptisé à approfondir sa relation à Dieu et à faire qu’il puisse grandir dans le désir de la rencontre du Seigneur qui lui permettra de parvenir à son plein accomplissement. Il y a vingt cinq ans Mgr Edmond ABELE avait insisté, dans son homélie, sur l’importance de la réconciliation : qu’il avait raison ! Permettre à des baptisés de revenir vers Dieu, par le Christ restaurer en eux la vie divine, quelle bénédiction, quel bienfait. Surtout que là plus qu’ailleurs, on sent bien que tout cela nous dépasse et que c’est l’œuvre de Dieu qui s’accomplit. 
Je peux aussi chaque jour dire : Magnificat, grâce à la célébration de la messe. J’ai été ordonné « pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l'offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ». C’est là que s’accomplit le mystère du Salut et que toute œuvre humaine trouve son sens. L'Eucharistie est "source et sommet de toute la vie chrétienne". Les autres sacrements et tous les services dans l’Eglise, comme toute la mission sont tous liés à l'Eucharistie et ordonnés à elle. Car l’Eucharistie « contient tout le trésor spirituel de l'Eglise, c'est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque". Alors quoi de plus extraordinaire de pouvoir donner Dieu au monde, quoi de plus merveilleux que de nourrir le Peuple de l’aliment de vie éternelle. Cela demande une totale offrande, donc un abandon complet à la louange de la gloire du Père. Ce n’est facile. Mais cette participation au sacrifice du Christ et au salut des hommes nous encourage et soutient dans cette offrande.
Magnificat également pour la vie en Eglise diocésaine. D’abord avec l’évêque les prêtres, les diacres. Au jour de l’ordination diaconale, nous sommes incorporés définitivement dans un presbyterium, dans une famille dans un diocèse. Et nous avons reçu de Dieu des frères avec lesquels nous sommes plus liés que nos frères et sœurs de sang. Cette fraternité spirituelle n’est pas toujours humainement facile à vivre. Il n’empêche que le presbyterium est l’une des sources essentielles à laquelle nous sommes largement invités à puiser pour être fidèles et remplir la mission que le Seigneur nous a confiée, mission que notre évêque nous confirme. Cette fraternité nous la vivons dans des rencontres personnelles entre prêtres, ou dans une vie d’équipe, dans des temps de prière commun et de partage, mais aussi et surtout autour de notre évêque lorsqu’il  réunit ses premiers collaborateurs (que sont les prêtres) et qu’il les encourage et les soutient, les affermit dans la foi et les envoie pour exercer en son nom la charge de pasteur.
Magnificat aussi pour un autre aspect de la vie diocésaine. C’est cette proximité avec ceux de la communauté qui se rassemblent presque tous les jours pour la prière. Modestement, humblement, petitement, ils sont là au quotidien et viennent puiser avec le prêtre à la source de l’Eucharistie. Là aussi se créent des liens qui se fondent sur l’essentiel : le Christ. En paroisse, c’est la vraie famille et le réel soutien. Avec eux le prêtre, offre à Dieu la prière pour les autres collaborateurs (laïcs ou consacrés) qui sont en première ligne et qui ont besoin de cet appui  pour accomplir leur mission. Avec eux le prêtre se ressource humainement et spirituellement. Souvent cette aide est offerte dans le silence, par une simple présence, par un geste tout modeste. Ma petite expérience m’a appris que chaque fois qu’on quitte une paroisse pour une nouvelle mission, il y a les adieux officiels du dimanche avec toute la paroisse, mais aussi l’au revoir spécial et tout simple, à la messe de la veille du déménagement, à ce petit foyer de lumière qui nous ramène toujours à l’essentiel.
Magnificat pour ces jeunes, ces familles, ces anciens rencontrés lors de célébrations liturgiques ou dans des temps plus informels. Des liens très forts se nouent. Il faut s’apprivoiser, apprendre à s’écouter, accepter la différence, mais le Christ nous rassemble tous.  Oui, malgré toutes les difficultés et les épreuves, il y a largement de quoi rendre grâce et être pleinement heureux au service du Seigneur dans un diocèse.
Et l’avenir ? L’avenir, il est beau, il est grand, il a le parfum des grandes victoires. Je sais bien que le monde est en crise, que l’on veut nous faire croire que l’Eglise a pris le mauvais chemin. Je vois que l’on bafoue ouvertement, en pleine connaissance de cause,  les valeurs sans lesquelles le monde ne peut vivre et se préparer à son avenir. Mais ce que je voie aussi, ce sont des multitudes de petites lumières, des minces signes mais bien réels qui nous disent  que l’avenir est en marche. Il y a des jeunes qui répondent à l’appel du Seigneur. Il y a de bons pasteurs qui conduisent l’Eglise et qui, comme notre Saint Père Benoît XVI, savent affermir leurs frères dans la foi et leur enseigner la vérité. Il y a des communautés chrétiennes vivantes, sans doute réduites, mais qui ont tellement soif d’aller plus loin et de témoigner du Christ.  Et pourquoi ne pas reprendre ce que dit le Seigneur dans l’évangile de Saint Jean : « Je vous ai dit tout cela pour que vous trouviez en moi la paix. Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. »
Finalement le plus grand bonheur du prêtre, c’est de donner le Christ au monde et par lui de permettre au monde de découvrir son avenir. Le prêtre n’est pas un créateur de lien social comme le disait une récente campagne nationale pour les vocations. Il est celui qui, de façon privilégiée, à pouvoir de mettre en lien avec Dieu. Le sacerdoce n'est pas une " fonction ". " Le prêtre ne s'appartient pas. Il doit être, dans le Christ, un pur don de salut, pour lui-même et pour les autres, comme disait le Cardinal HUYOS.
Sachons rendre grâce pour ce don extraordinaire que Dieu fait à son Eglise. Profitons de ceux que Dieu met à notre disposition. Et prions pour les prêtres, par leur exemple et leur fidélité, donnent à de nombreux jeunes de suivre cette voie du bonheur et de la paix.

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